Au cœur du parcours, Ben Vautier ouvre un espace de doute et de questionnement. La toile J'aime la vérité (1996) affirme un attachement direct — une déclaration qu'il aura répétée toute sa vie. En écho, Centre mondial du questionnement (2016) prend le contre-pied : chez Ben, on n'affirme jamais sans aussitôt mettre l'affirmation à l'épreuve.
Là où d'autres dissimulent leur ego, il le met frontalement en scène : L'art n'existe pas, tout est ego, Pas d'art sans ego, Pas de vie sans ego, Je suis un égoïste. Non par narcissisme, mais pour mieux le mettre à l'épreuve. L'ego s'expose pour mieux se questionner ; en retour, le doute devient une posture critique qui n'épargne ni l'artiste ni le spectateur.
Jon Hendricks y voit le dialogue permanent entre l'ego et le doute : Ben affirme son geste, et aussitôt le fragilise. Le doute, chez lui, n'est pas une hésitation — c'est une méthode. Il fissure les certitudes, ouvre des paradoxes, oblige à penser autrement.
Fidèle à l'esprit Fluxus, Ben ne veut pas que ses mots imposent : il invite le visiteur à les retourner, à les discuter, à les remettre en cause. Le débat, pour lui, n'est pas l'envers de la vérité — c'en est le seul chemin. Au cœur de la salle, un espace à débattre prolonge cette invitation et fait de chacun un acteur de la conversation. C'est dans cet échange ouvert que se révèlent autant les limites de la vérité que notre besoin obstiné de la chercher.