Ben Vautier interroge ici le lien entre langue, culture et identité — sujet au cœur de la mission de la Cité internationale de la langue française. Ses œuvres font entendre plusieurs langues dites minoritaires. Pour lui, chaque langue est une vision du monde ; en perdre une, c'est perdre une manière d'exister.
Cette conviction naît à la fin des années 1950, lors de sa rencontre décisive avec François Fontan, linguiste et militant des langues minoritaires. Ben découvre alors que peuples, langues et cultures sont indissociables. L'œuvre Pas de peuple sans sa langue résume cette pensée : la disparition d'un idiome entraîne celle d'une mémoire, d'un imaginaire, d'une façon d'être au monde.
En écho, l'œuvre Il n'y a pas de centre du monde refuse toute hiérarchie entre les cultures. En faisant cohabiter dans ses tableaux les langues et les références, Ben oppose à l'uniformité une pluralité revendiquée. La diversité devient à la fois espace de dialogue et force créatrice.
Sa démarche, qu'il appelait lui-même une « décentralisation des idées et des langues », fait de l'art un outil critique : une manière de questionner les dominations et de rappeler que la richesse de l'humanité tient à la coexistence des différences.